Conversion spirituelle : Dieu des philosophes et des savants, non le Dieu d’Abraham

La conversion à l’idéalisme mathématisant dans la philosophie de Descartes, Spinoza, Fichte et Brunschvicg, et non point la fausse conversion religieuse. Voir aussi : http://conversionspirituelle.overblog.com et http://sedenion.blogg.org

Archive de la catégorie «Conversion spirituelle»

Méditations sur la conversion spirituelle

Posté par mathesisuniversalis le novembre 21, 2008

Pour les grandes lignes de la conversion spirituelle, et touchant en particulier à son incompatibilité absolue avec toute “fausse conversion”, c’est à dire “conversion à une religion autre que celle de la famille où l’on a vu par hasard le jour”, il y a principalement deux livres à étudier et méditer sans relâche :

1 “Vraie et fausse conversion” de Brunschvicg, qui contient en appendice la fameuse séance dite “Querlle de l’athéisme” du 24 mars 1928 à la Société française de philosophie.

2  “Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg” par Marie Anne Cochet (Bruxelles, 1937).

On peut trouver le premier livre sur le web, pour le moment sur Gallica en plusieurs articles de la Revue de métaphysique et de morale; par contre le second est introuvable, aussi sera t’il étudié en détail sur ce blog ainsi que sur les autres :

http://conversionspirituelle.overblog.com

http://sedenion.blogg.org

Mais il arrive aussi que l’on trouve de précieuses indications sur la voie à suivre en lisant des articles consacrés à Brunschvicg et à sa pensée par ses…adversaires (ils sont nombreux).

C’est ainsi que l’on peut lire dans le passage consacré à Brunschvicg, pages 488 à 504, dans “Le christianisme et les philosophes” Tome 2, par le R P Sertillanges :

«Il faut avouer que l’attitude de Mr Brunschvicg à l’égard de la religion est parfois étrange. Le penseur se donne le rôle d’un Père de l’Eglise à rebours. Il essaie de “convertir” les chrétiens au rationalisme et il excommunie les croyants. Il pense que le rationalisme, sur le terrain religieux même, est le successeur légitime du mysticisme primitif, et un état de virilité par rapport à “l’enfance” du monde»

On peut aussi trouver , sur le web cette fois, un article de Bremond : “Quelques essais de religion rationaliste”, paru dans “Archives de philosophie” visible à l’adresse suivante sur Gallica (pages 63 à 117):

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31712r

Une grande place y est accordée à la “Querelle de l’athéisme”  de 1928 , la séance où Brunschvicg a exposé succinctement sa religion de l’Esprit et aux réactions généralement hostiles des autres participants, comme Gilson. Le résumé de la séance (page 68  sq) constitue une bonne première approche des vues de Brunschvicg, bien que l’auteur y soit hostile, et déclare par exemple d’entrée que si par hasard Descartes revenait, il ne se retrouverait ni dans la religion d’Alain ni dans celle de Brunschvicg mais serait quand même plus hostile à la seconde, qui éveillerait en lui une sorte d’horreur !

Si l’on peut se fier , tout au moins pour une première approche, au résumé fait de la pensée de Brunschvicg fait par quelqu’un d’ hostile, c’est que cette pensée est rigoureusement claire et limpide, ne “cache aucun atout  dans sa manche”, toutes les cartes étant mises sur la table bien en évidence. Mais c’est aussi ce qui fait la difficulté. Car les exigences de cette pensée sont extrêmes, et doivent être mises en oeuvre, si du moins l’on vise la conversion spirituelle véritable, sans aucune concession ni tricherie. Et, comme le dit quelque part Brunschvicg : tous les philosophes qui ont essayé de “redresser l’esprit” de sa position anthropocentrique et egocentrique pour le restituer à sa véritable nature universelle, comme Socrate, Copernic, Galilée, Descartes, Spinoza, Einstein, et bien sûr Brunschvicg lui même ont toujours subi l’ostracisme de leurs contemporains, mais aussi de toutes les époques subséquentes.

Si l’on s’en tient donc au résumé que fait Bremond (page 68-69), on a une vue sommaire mais excellente de la “religion ” de Brunschvicg, sous son aspect théorique en tout cas. Il s’agit bien de contrer et retourner la suspicion d’athéisme adressée à l’idéalisme moderne, dûe au fait que celui ci repousse toute idée de transcendance. L’axe de la vie religieuse se trouve déplacé par l’avènement de la physique mathématique, qui ruine définitivement tout “en soi” de la matière , et par là toute philosophie réaliste et ses effets en termes de superstition créationniste Et une fois la causalité transcendante évacuée, ne reste que Dieu des philosophes et des savants, comme unité de l’esprit mathématique et moral, et principe des vérités éternelles (mathématiques) comme de l’amour et de la charité entre les hommes libérés par l’éthique de la connaissance (dépeinte aussi par Monod dans “Le hasard et la nécessité”). Un dieu annoncé déjà par Platon dans Eutyphron, ce dialogue auquel Brunschvicg accorde une grande importance, et qu’ il faudra donc étudier en détail ici.

Le mot de “conversion au rationalisme” a été prononcé plus haut  : mais Brunschvicg ne cesse aussi de mettre en garde contre les fausses conceptions de la raison. C’est pourquoi Marie-Anne cochet commence son livre par ces lignes qui sont autant d’indications précieuses pour diriger notre méditation Elle y part de la conception de Brunschvicg, présente dès les premières pages de “La modalité du jugement”, de la philosophie comme connaissance intégrale.

«Mais l’objet d’une telle connaissance ne devrait il pas être un objet intégral et un tel objet n’est il pas impensable ?»

En effet, un tel objet ne serait rien d’autre que la notion objectivée du Tout, qui s’avère inconsistante comme le révèlent les paradoxes de la théorie des ensembles à propos de l’ensemble de tous les ensembles.

«Cette objection met en lumière un des principes fondamentaux de Brunschvicg, savoir la distinction entre la notion seconde d’un objet refermé sur lui même, qui implique l’immuabilité dogmatique de ce qui est considéré, et celle d’objectivité, qui désigne une opération nécessairement préalable, qui demeure progressive, établissant une convergence des lignes de connaissances diversement engendrées vers un centre commun

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DIEU des philosophes et des savants

Posté par mathesisuniversalis le novembre 18, 2008

Si le Dieu de la non-philosophie est celui du Mémorial de Pascal (puisque celui ci déclare lui même vouloir sortir de la philosophie):

 http://www.bibleetnombres.online.fr/memorial.htm

«L’an de grâce 1654,

Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu’à environ minuit et demie.

 

FEU

 

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants. »

 

Si la thèse défendue par Brunschvicg en 1928 lors de la querelle de l’athéisme est vraie, à savoir qu’il ne peut y avoir aucun accomodement (raisonnable ou pas Mort de rire) entre le Dieu d’Abraham et le Dieu des philosophes et des savants;

Si, comme le soutient encore Brunschvicg, l’apparition de la physique mathématique au 17 ème siècle (chez Descartes et Newton, mais sous condition du traité des Révolutions de Copernic en 1543, d’où le sous-titre de ce blog) correspond à un changement d’axe de la vie religieuse, et en somme à l’apparition dans l’histoire de la pensée de la Vérité, à savoir que Dieu, le dieu des philosophes et des savants, ne peut jamais apparaitre ni “agir” dans l’Histoire…

si l’on admet , comme celui qui écrit ces lignes, ces trois points…

alors il s’agit certainement de prendre au sérieux ce nouvel axe, appelé par nous aussi Mathesis universalis, qui est en somme l’accès à l’absolu, et d’en finir avec tout le reste (poème, roman, cinéma, art, politique, amour etc.. et aussi, disons le tout net, une bonne partie de ce qui se dit “philosophique”, surtout après 1945)…. tout le reste qui n’est que littérature !

Ceci nous permet aussi, entre autres, d’en finir à l’ instant même, d’un claquement de doigts en quelque sorte, avec Badiou et sa philosophie “sous condition de la politique, de l’amour, du poème et du mathème”…. on préfèrera s’adresser directement aux topoi, aux catégories  et aux ensembles, sans passer par cet “intermédiaire” un peu gênant, pour tout dire Clin d'oeil

La philosophie n’est certes pas créatrice de vérités, nous sommes bien d’accord, mais c’est parce qu’elle est acheminement infini de l’âme vers la Vérité, sous condition de la seule mathesis (plutôt que mathème).

Et nul besoin ici, pour une fois, pour la seule fois, de fastidieuses “démonstrations” ! les démonstrations sont les yeux de l’âme, pour qu’elle s’oriente sur la route, mais elles ne peuvent créer la route…

il nous suffit , pour nous “justifier”, d’admettre les trois présupposés énoncés plus haut…et que le feu du ciel nous carbonise à l’instant même si nous les rejetons, pauvres personnages qui n’aurons pas su ni pu porter notre désir essentiel du bas-ventre jusqu’au cerveau…Horreur !

Deux blogs à vocation “généraliste” sur le Dieu des philosophes et des savants sont maintenant disponibles:

  http://conversionspirituelle.over-blog.com

  http://sedenion.blogg.org

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Islam des Lumières

Posté par mathesisuniversalis le septembre 23, 2008

Souhaitons bonne chance à ce nouveau groupe de personnes, liées à Mathesis universalis, qui entendent promouvoir un Islam purement spirituel des philosophes et des savants, ou Islam des Lumières, qui s’opposera complètement à l’Islam sociologique et ethnique, “religion” fondée par le prétendu prophète Mahomet.

Ce mouvement pour l’Islam spirituel s’exprimera sur un ensemble de blogs et de groupes, dont voici les principaux :

 
 
 

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La conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg

Posté par mathesisuniversalis le juillet 24, 2008

Les lignes qui vont suivre datent de 1937, et ont été écrites par Marie-Anne Cochet, dont le livre : “Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de L. Brunschvicg” est l’une des plus brillantes analyses de la philosophie de celui qui est pour nous un Maître de Sagesse, au même titre que Descartes ou Spinoza , dont il ouvre d’ailleurs l’accès à la compréhension véritable

Brunschvicg était encore en vie en 1937, et au sommet de son activité philosophique; mais il ne pouvait pas ne pas voir et entendre les grincements démoniaques venus d’Allemagne, et sans doute a t’il “prévu” ce qui allait lui arriver: la fuite loin de Paris en juin 1940, l’abandon forcé de son bel appartement parisien et de sa bibliothèque, et ce alors qu’il était âgé de 71 ans. C’est ici que l’on voit l’absurdité absolue de l’antisémitisme : car Brunschvicg, né juif, avait complètement abandonné tout particularisme et accédé au niveau propre de la philosophie et de la science : celui de l’Universel.

 Brunschvicg trouva heureusement, avec son épouse Cécile Weill-Brunschvicg (qui avait été secrétaire d’Etat à la condition féminine en 1936 dans le gouvernement Blum) refuge chez des amis, dans le sud de la France; et tous ceux qui l’ont connu à cette époque peuvent témoigner que ce philosophe et ce SAGE a su garder dans cette épreuve l’égalité d’âme et la dignité spirituelle qui caractérisent le véritable philosophe, dans la lignée de Socrate. Souvenons nous de son exemple dans les moments difficle, et aussi des exhortations de Jünger (dans “Recours aux forêts-Traité du rebelle”) à l’homme libre d’être toujours prêt à abandonner son foyer et sa bibliothèque.

 Mme Cochet , auteur des lignes qui vont suivre, est aujourd’hui une parfaite inconnue au royaume de la philosophie, où, convenons en, “il doit y avoir quelque chose de pourri”. Je donnerais pour ma part tout Badiou, Sartre et Deleuze pour cette page, que je vais maintenant scrupuleusement retranscrire.

S’il (Goethe) n’atteint pas l’intellection des rapports purifiés d’images, c’est qu’il est poète avant tout et que le poète ne peut s’évader du monde des images qui est le royaume de l’enfance humaine.

Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s’évadant de l’animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c’est un stade que toutes n’atteignent pas, et auquel l’art et la religion s’opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu’il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle.

Du physiologique au physique, de l’instinct à l’intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l’émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d’une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers,l’intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées.

Dans ce nouvel univers l’esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et,sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l’infini.

Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n’en font plus qu’un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l’unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l’activité fonctionnelle la plus élémentaire.

Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l’immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l’émoi organique le plus fondamental.”

C’est exactement la doctrine cartésienne de la Mathesis Universalis (développée dans les “Règles pour la direction de l’esprit”, et qui évoluera dans les ouvrages ultérieurs vers la mathesis pura atque abstracta puis la métaphysique des Meditationes) qui imprègne ces lignes.

 Le “nouvel univers” de la pensée philosophique-scientifique, qui est un univers d’objets dans des catégories et de morphismes les reliant entre eux en un réseau de rationalité de plus en plus dense, n’a rien à voir avec le “monde sensible” des “choses”, qui est celui où reste engluée la religion, le mythe, et trop souvent la philosophie. Les “rapports de correspondance détachés des objets sensibles et des images poétiques” évoquent exactement les foncteurs et les morphismes.

Tout le monde, loin de là, ne partage pas cette conception de la sagesse et de la philosophie; ainsi le (très) grand philosophe (chrétien) Jean-Luc Marion étudie avec une lucidité extraordinaire ce remplacement (dans la Mathesis universalis cartésienne) de “la chose même” par l’objet et les rapports mathématiques, et de l’ousia aristotélicienne par un “complexe reconstruit de natures simples” (autant dire : par une catégorie mathématique) . Lire à ce propos “L’ontologie grise de Descartes” par Marion. mais c’est pour s’en offusquer ! je cite Marion :

“d’où l’ontologie grise où l’Ego recèle l’être d’objets, grises ombres des choses, parce qu’il a confisqué leur ousia aux choses, dévaluées en objets”

Mais je reviendrai sur les analyses et thèses de Marion, car il s’agit là d’un débat fondamental…

ce serait mal le poser que de le restreindre à la question :

 ”le remplacement des objets sensibles, des choses, par les objets de catégories mathématiques, est il un enrichissement ou un appauvrissement ?”

Ni l’un ni l’autre  ! il s’agit plutôt d’un rapport de transcendance, celui de la conscience intellectuelle, que nous n’hésiterons pas à qualifier de “divine”, à la conscience sensible d’un être soumis aux lois de la Nature et de l’évolution, au changement et à la mort.

Ce qui me permet de passer aux choses qui fâchent, à la nature “religieuse” du mot conversion…

Brunschvicg dit souvent, et il me semble que Schiller dit quelque chose du même ordre, que la véritable religion, celle qui unit, rassemble et “relie” les hommes, n’a rien à voir avec les religions, celles des dieux à noms propres; c’est d’aileurs devenu une observation banale, qui comme toutes les vérités s’est dégradée jusqu’à aboutir à des énoncés comme : “la véritable spiritualité n’a rien à voir avec les religions”, sous-entendant  une “spiritualité” nébuleuse et vague qui est un travestissement du Penser spirituel propre à Spinoza ou Brunschvicg.

Il importe d’éviter désormais le mot “athéisme”. Puisque le mot “Dieu” peut vouloir dire bien des choses, et que d’ailleurs de par son sens essentiel il ne peut pas “vouloir les dire”, alors le mot “athéisme” est futile et vain.

Brunschvicg n’est pas métaphysicien, il passe son temps à dévaluer métaphysique et logique au profit de l’activité mathématicienne . Aussi quand il parle de “Dieu”, et cela lui arrive souvent, n’est il pas un modèle de rigueur conceptuelle, se contentant de le caractériser de manière transcendantale, comme condition de possibilité ou “source de Vérité”, ou bien même comme “origine de la conscience intellectuelle”. Toujours est il , et on en retrouve trace dans la page de Mme Cochet, qu’il privilégie le Vrai platonicien par rapport au Beau et au Bien. De même Descartes considère d’abord Dieu comme vérace.

Ou peut être faut il dire que le Bien mystérieux “au delà de l’Essence” dont parle Platon est il cette “source de Vérité” que Brunschvicg appelle Dieu ?

Toujours est il qu’il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que la philosophie (se constituant à partir de la Mathesis Universalis) a pour objectif de purifier complètement l’Idée de Dieu de tout élément impur, non Intellectuel.

C’est à dire aussi:  ”Amor Intellectualis Dei” de Spinoza .

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