HENOSOPHIA le monde spirituel

Et maintenant, homme de rien, fuis un moment tes occupations, cache-toi un peu de tes pensées tumultueuses. Rejette maintenant tes pesants soucis, et remets à plus tard tes tensions laborieuses. Vaque quelque peu à Dieu, et repose-toi quelque peu en Lui. Entre dans la cellule de ton âme, exclus tout hormis Dieu et ce qui t’aide à le chercher ; porte fermée, cherche-le

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Francis Bacon, l’Islam, et l’ordinateur moderne

Avant toutes choses, je précise que nous ne parlerons pas ici du peintre moderne Francis Bacon, bien que ce soit un sujet d’un grand intérêt.

 Rien à voir non plus  avec la ténébreuse affaire des sandwitchs au bacon interdits dans les restaurants Quick « hallalisés » de Roubaix, pour plus de renseignements voir :

http://baconeatingatheistjew.blogspot.com/

http://leserpentvert.wordpress.com/2010/01/27/a-serious-man/

L’anthroposophie est fascinante à plusieurs titres, mais en particulier parce qu’elle présente une « thèse » sur l’Histoire qui permet de « comprendre » certains aspects restant sinon absolument inintelligibles, par exemple l’essor stupéfiant de l’Islam à ses débuts, ainsi d’ailleurs que celui du nazisme qui lui « répond » en quelques sortes 13 siècles plus tard;

 heureusement pour une durée très limitée semble t’il ? oui, sauf que nous sommes loin d’en avoir fini avec le nazisme, hélas ! à mon avis tout au moins…

Je comparerais volontiers ce rôle de l’anthroposophie avec celui d’une nouvelle théorie en physique théorique, par exemple la théorie des cordes il y a 30 ans (théorie dont Lee Smolin a cependant signalé qu’elle a définitivement échoué, ne serait ce qu’à constituer réellement une théorie)…

Aussi n’est ce pas dogmatiquement que j’y ferai allusion ici : je reconnais simplement que je suis dans les ténèbres, comme beaucoup, et que je cherche à allumer la lumière, comme tout le monde (ou presque).

Islam, science, philosophie et christianisme sont « noués » ensemble d’un noeud assez facile à trancher, pour peu que l’on assène le coup d’épée (épée de la discrimination bien sûr) au bon endroit, c’est à dire en plein milieu de la science, « tranchée » ainsi entre une bonne et une mauvaise science. Nous ne sommes finalement pas très loin de la thèse que je défends à propos de la « Mathesis universalis » depuis longtemps…..nous sommes même en plein dedans !

tout ceci est très bien expliqué dans le livre de Francis Paul Emberson : « De Jundi Shapur à Silicon Valley »,  dont je parlais hier…

L’académie scientifique de Jundi Shapour, située non loin de Bagdad, et qui était la ville, appelée Beth Lapat,  de naissance (et de mort) du fondateur du manichéisme : Manès, est connue par l’Histoire officielle, mais la vision de Rudolf Steiner lui attribue un rôle primordial…

Ce serait là que le courant d’opposition au Christ, le courant du Mal absolu donc, celui de Soradt qui est la « Bête à deux cornes » de l’Apocalypse, aurait essayé de donner à l’humanité la science moderne, mais en l’année 666, soit avant que celle ci soit « assez mûre » pour la recevoir sans danger….

Il n’est pas question que j’explique ici en détails le vocabulaire « technique » de l’anthroposophie, pas plus que je ne pourrais expliquer celui de la physique quantique; je revnoie donc pour cela au livre de Francis Paul emberson, ainsi qu’aux sites anthroposophiques déjà signalés, ou à d’autres, nombreux sur le web, notamment à celui de l’anarchosophie de Tarjei Straume dit « Uncle Taz » :

http://uncletaz.blogspot.com/2009/09/islam-and-anthroposophy-approach.html

http://uncletaz.com/

http://uncletaz.com/at/aprmay04/anthroislampnw.html

Considérant donc ce vocabulaire connu, disons que le « dessein » du camp du Mal était que l’humanité soit dotée de la science mathématisée moderne (seule apte à lui donner de réels pouvoirs sur les phénomènes matériels) alors qu’elle n’avait développé que l’âme d’entendement, avant qu’elle n’ait développé l’âme de conscience.

C’est exactement la différence entre la bonne  science, celle du 17 ème siècle, à laquelle Brunschvicg attribuait un rôle central quand il disait  :

«Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique  susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives. L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie.»

et la « mauvaise science », celle qui oublie la quête de sagesse et d’amélioration morale de l’humanité, en n’accordant d’importance qu’aux instincts de puissance et de domination d’une certaine race sur les autres…

cela vous rappelle un certain moustachu ? eh bien vous ne vous trompez pas : lisez « Mein Kampf » et vous serez stupéfait de voir à quel point Hitler confondait la prétendue supériorité de la « race aryenne », avec la puissance technique, celle accordée par la techno-science.

Le Mal, l’opposition au courant chrétien (ou « christique », pour rester politiquement corrects) , cela se définit donc depuis 2000 ans comme la tentative d’empêcher l’ humanité d’accéder à l’âme de conscience, puis aux échelons spirituels supérieurs (Manas, Buddhi, Atmâ); et, après l’échec de cette tentative d’essayer de faire régresser la science du niveau de l’âme de conscience au niveau de l’âme d’entendement, comme cela était prévu pour 666 par les puissances « démoniaques » qui étaient « derrière » Jundi Shapur.

Cet « échec »  de 666 fut rendu possible par la création ex abrupto de l’Islam, dont la cavalerie guerrière conquit Jundi Shapur en 641, 25 ans avant l’année fatidique : l’Islam joue donc en quelque sorte un rôle de « paratonnerre », détournant le pouvoir destructeur de l’académie de Jundi Shapour en le faisant « se perdre dans les sables »…

cependant, s’il canalise l’énergie destructrice, le paratonnerre en garde quelque chose : de là viennent ces légendes islamistes de la « science moderne » déjà trouvée par le Coran!

cela explique aussi la brillante civilisation abbasside de la cour de Bagdad, du temps d’Haroun al Rashid : une civilisation qui hérite de la science et de la philosophie des grecs tout en ne voulant rien savoir du Christ et du message chrétien..

 ce qui conduit aussi aux « philosophes arabes » dont le plus grand, et le plus grand opposant au christianisme, est Averroès, qui sera néanmoins réfuté par Saint Thomas d’Aquin..

l’impulsion d’opposition au courant christique ne se limite d’ailleurs pas à l’Islam: elle opère directement lors du concile de Constantinople de 869  qui nie le caractère trinitaire (corps, âme et esprit) de l’homme; elle  est reprise en Occident par Francis Bacon de Verulam :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Bacon_(philosophe)

http://www.radicalacademy.com/philfrancisbacon.htm

http://www.archive.org/details/analysedelaphilo01dele

http://pedagogie.ac-toulouse.fr/philosophie/textesdephilosophes.htm

Brunschvicg met sans cesse en garde contre l’imposture consistant à voir en Bacon le fondateur de la mentalité scientifique moderne : il oppose à son « induction généralisée » la pure spiritualité cartésienne, et considère Bacon comme ne faisant partie ni des scolastiques, ni des modernes.

Francis Paul Emberson voit en lui le fondateur de l’informatique moderne, notamment avec son invention de la notion de « code » chiffré en mode binaire.

Selon cet « esprit » baconien, dont l’ héritier au 20 ème siècle sera évidemment Alan Turing, dont les travaux précipités par les nécessités de la  guerre de 39-45  donneront naissance à l’ordinateur moderne, fondé sur le langage binaire en lequel seront codées les « instructions » lui donnant sa nature programmatique, tout ce qui possède « sens »  et « valeur de vérité » : texte, sagesse, poème, mathématiques, sciences, etc.. peut être codé en langage binaire, comme suite de 0 et de 1 !

Ceci mène évidemment aux tentatives modernes de « mécanisation de l’intelligence », qui considèrent que l’esprit humain est une sorte de machine : tentatives qui doivent être considérées comme une continuation de celles des « puissances démoniaques » et « ahrimaniennes », ce qui est bien expliqué dans l’essai « The advent of Ahriman » déjà signalé :

http://www.bibliotecapleyades.net/biblianazar/ahriman.htm

Puissances qui furent à l’origine du nazisme…

Le grand opposant « scientifique » à ces tentatives en notre temps est le célèbre physicien Roger Penrose, qui prend appui sur le théorème de Gödel pour démontrer que l’esprit humain n’est en aucun cas assimilable à une machine, lire son livre « L’esprit, l’ordinateur et les lois de la physique », ainsi que cet article que j’avais écrit sur l’autre blog :

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-le_monde_platonicien_des_idees_et_les_mathematiques-1077886.html

Mais ceci conduit aussi à une perversion complète de la sagesse pythagoricienne, dont Brunschvicg au cours d’une analyse pénétrante a démontré l’importance cruciale pour le développement de la sagesse d’Occident anisi que la potentialité double, soit régressive, soit « orientée vers le progrès de la conscience ».

En effet, et là je parle de découvertes toutes récentes, les travaux de Conway et gonshor sur les nombres surréels ont permis de définir le cadre le plus général pour la notion de »nombre » : celui du plus grand corps possible, contenant les entiers naturels, relatifs, les réels, les hyperréels, les ordinaux infinis de Cantor :

http://en.wikipedia.org/wiki/Surreal_number

Alain Badiou a donné une version philosophique de ces travaux dans son livre qui est à mon avis le plus abouti (parce que c’est celui où il se cantonne le plus aux maths, qu’il n’aurait jamais dû quitter pour la philosophie, où il n’a exercé que des ravages destructeurs dont nous predrons peu à peu conscience :

« Le Nombre et les nombres » (Seuil)

Or il y a deux manière d’exprimer cette notion de « nombres surréels » : soit par la méthode des coupures, de manière récursive, où un surréel est défini comme une paire de surréels déjà définis (l’induction commence avec la paire de deux ordinaux vides,ou zéros), ou bien, chez Badiou, comme une paire d’ordinaux, l’un représentant la « matière du nombre, »l e second, inclus dans le premier, sa « forme »;

soit, chez Gonshor, comme suite infinie de + et de -, ou de 0 et de 1…

Les deux représentations sont équivalentes et « parlent » bien de la même chose, voir le début du livre de Gonshor pour la démonstration (« théorème fondamental d’existence »  2.1 page 4) :

http://books.google.fr/books?id=Dxs7AAAAIAAJ&printsec=frontcover&dq=surreal+numbers+gonshor&source=bl&ots=h2Os0LRisp&sig=tDl3guyrTQ2saWGJyx0zc5joAhg&hl=fr&ei=l-yDS8X-I87k4gaftbTgAQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAYQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false

http://assets.cambridge.org/97805213/12059/excerpt/9780521312059_excerpt.pdf (10 premières pages)

Donc, si comme l’affirme Badiou nous entrons ainsi en possession du cadre mathématique définitif pour la notion de « nombre » (que ne connaissait ni les grecs ni même Cantor), et si tout ce qui est « sens » , (c’est à dire, disons le : tout), peut être exprimé comme une suite de 0 et de 1, alors tout est nombre.

Ce qui était la thèse fondatrice du pythagorisme…

seulement la dualité signalée à propos du sens du pythagorisme, elle est celle ci : le Nombre peut être envisagé au niveau purement spirituel de l’Idée, ou bien au niveau purement formel du calcul.

Dans le premier cas, le zéro et l’ ensemble  vide, sur lequel sont fondées toutes les démonstrations de Badiou, sont un pur « non sens »…

dans le second, l’invention du zéro est effectivement absolument nécessaire au calcul algébrique…qui ne reste cependant qu’un pur calcul, absolument étranger à toute vérité (métaphysique, par définition)… comme le clament les islamistes, qui ne savent pas que le zéro a été inventé par les…hindous !

Je crois que nous avons là une illustration suffisante de la différence abyssale entre bonne et véritable science, menant à l’Idée et à l’Esprit (itinéraire de l’âme vers Dieu, donc) et mauvaise science purement formelle, calculatoire, sans Idées, et régressant au niveau d’une technique surpuissante…et destructrice !

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Méditations sur la conversion spirituelle

Pour les grandes lignes de la conversion spirituelle, et touchant en particulier à son incompatibilité absolue avec toute « fausse conversion », c’est à dire « conversion à une religion autre que celle de la famille où l’on a vu par hasard le jour », il y a principalement deux livres à étudier et méditer sans relâche :

1 « Vraie et fausse conversion » de Brunschvicg, qui contient en appendice la fameuse séance dite « Querlle de l’athéisme » du 24 mars 1928 à la Société française de philosophie.

2  « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg » par Marie Anne Cochet (Bruxelles, 1937).

On peut trouver le premier livre sur le web, pour le moment sur Gallica en plusieurs articles de la Revue de métaphysique et de morale; par contre le second est introuvable, aussi sera t’il étudié en détail sur ce blog ainsi que sur les autres :

http://conversionspirituelle.overblog.com

http://sedenion.blogg.org

Mais il arrive aussi que l’on trouve de précieuses indications sur la voie à suivre en lisant des articles consacrés à Brunschvicg et à sa pensée par ses…adversaires (ils sont nombreux).

C’est ainsi que l’on peut lire dans le passage consacré à Brunschvicg, pages 488 à 504, dans « Le christianisme et les philosophes » Tome 2, par le R P Sertillanges :

«Il faut avouer que l’attitude de Mr Brunschvicg à l’égard de la religion est parfois étrange. Le penseur se donne le rôle d’un Père de l’Eglise à rebours. Il essaie de « convertir » les chrétiens au rationalisme et il excommunie les croyants. Il pense que le rationalisme, sur le terrain religieux même, est le successeur légitime du mysticisme primitif, et un état de virilité par rapport à « l’enfance » du monde»

On peut aussi trouver , sur le web cette fois, un article de Bremond : « Quelques essais de religion rationaliste », paru dans « Archives de philosophie » visible à l’adresse suivante sur Gallica (pages 63 à 117):

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31712r

Une grande place y est accordée à la « Querelle de l’athéisme »  de 1928 , la séance où Brunschvicg a exposé succinctement sa religion de l’Esprit et aux réactions généralement hostiles des autres participants, comme Gilson. Le résumé de la séance (page 68  sq) constitue une bonne première approche des vues de Brunschvicg, bien que l’auteur y soit hostile, et déclare par exemple d’entrée que si par hasard Descartes revenait, il ne se retrouverait ni dans la religion d’Alain ni dans celle de Brunschvicg mais serait quand même plus hostile à la seconde, qui éveillerait en lui une sorte d’horreur !

Si l’on peut se fier , tout au moins pour une première approche, au résumé fait de la pensée de Brunschvicg fait par quelqu’un d’ hostile, c’est que cette pensée est rigoureusement claire et limpide, ne « cache aucun atout  dans sa manche », toutes les cartes étant mises sur la table bien en évidence. Mais c’est aussi ce qui fait la difficulté. Car les exigences de cette pensée sont extrêmes, et doivent être mises en oeuvre, si du moins l’on vise la conversion spirituelle véritable, sans aucune concession ni tricherie. Et, comme le dit quelque part Brunschvicg : tous les philosophes qui ont essayé de « redresser l’esprit » de sa position anthropocentrique et egocentrique pour le restituer à sa véritable nature universelle, comme Socrate, Copernic, Galilée, Descartes, Spinoza, Einstein, et bien sûr Brunschvicg lui même ont toujours subi l’ostracisme de leurs contemporains, mais aussi de toutes les époques subséquentes.

Si l’on s’en tient donc au résumé que fait Bremond (page 68-69), on a une vue sommaire mais excellente de la « religion  » de Brunschvicg, sous son aspect théorique en tout cas. Il s’agit bien de contrer et retourner la suspicion d’athéisme adressée à l’idéalisme moderne, dûe au fait que celui ci repousse toute idée de transcendance. L’axe de la vie religieuse se trouve déplacé par l’avènement de la physique mathématique, qui ruine définitivement tout « en soi » de la matière , et par là toute philosophie réaliste et ses effets en termes de superstition créationniste Et une fois la causalité transcendante évacuée, ne reste que Dieu des philosophes et des savants, comme unité de l’esprit mathématique et moral, et principe des vérités éternelles (mathématiques) comme de l’amour et de la charité entre les hommes libérés par l’éthique de la connaissance (dépeinte aussi par Monod dans « Le hasard et la nécessité »). Un dieu annoncé déjà par Platon dans Eutyphron, ce dialogue auquel Brunschvicg accorde une grande importance, et qu’ il faudra donc étudier en détail ici.

Le mot de « conversion au rationalisme » a été prononcé plus haut  : mais Brunschvicg ne cesse aussi de mettre en garde contre les fausses conceptions de la raison. C’est pourquoi Marie-Anne cochet commence son livre par ces lignes qui sont autant d’indications précieuses pour diriger notre méditation Elle y part de la conception de Brunschvicg, présente dès les premières pages de « La modalité du jugement », de la philosophie comme connaissance intégrale.

«Mais l’objet d’une telle connaissance ne devrait il pas être un objet intégral et un tel objet n’est il pas impensable ?»

En effet, un tel objet ne serait rien d’autre que la notion objectivée du Tout, qui s’avère inconsistante comme le révèlent les paradoxes de la théorie des ensembles à propos de l’ensemble de tous les ensembles.

«Cette objection met en lumière un des principes fondamentaux de Brunschvicg, savoir la distinction entre la notion seconde d’un objet refermé sur lui même, qui implique l’immuabilité dogmatique de ce qui est considéré, et celle d’objectivité, qui désigne une opération nécessairement préalable, qui demeure progressive, établissant une convergence des lignes de connaissances diversement engendrées vers un centre commun« 

DIEU des philosophes et des savants

 

Si le Dieu de la non-philosophie est celui du Mémorial de Pascal (puisque celui ci déclare lui même vouloir sortir de la philosophie):

 http://www.bibleetnombres.online.fr/memorial.htm

«L’an de grâce 1654,

Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu’à environ minuit et demie.

 

FEU

 

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants. »

 

Si la thèse défendue par Brunschvicg en 1928 lors de la querelle de l’athéisme est vraie, à savoir qu’il ne peut y avoir aucun accomodement (raisonnable ou pas Mort de rire) entre le Dieu d’Abraham et le Dieu des philosophes et des savants;

Si, comme le soutient encore Brunschvicg, l’apparition de la physique mathématique au 17 ème siècle (chez Descartes et Newton, mais sous condition du traité des Révolutions de Copernic en 1543, d’où le sous-titre de ce blog) correspond à un changement d’axe de la vie religieuse, et en somme à l’apparition dans l’histoire de la pensée de la Vérité, à savoir que Dieu, le dieu des philosophes et des savants, ne peut jamais apparaitre ni « agir » dans l’Histoire…

si l’on admet , comme celui qui écrit ces lignes, ces trois points…

alors il s’agit certainement de prendre au sérieux ce nouvel axe, appelé par nous aussi Mathesis universalis, qui est en somme l’accès à l’absolu, et d’en finir avec tout le reste (poème, roman, cinéma, art, politique, amour etc.. et aussi, disons le tout net, une bonne partie de ce qui se dit « philosophique », surtout après 1945)…. tout le reste qui n’est que littérature !

Ceci nous permet aussi, entre autres, d’en finir à l’ instant même, d’un claquement de doigts en quelque sorte, avec Badiou et sa philosophie « sous condition de la politique, de l’amour, du poème et du mathème »…. on préfèrera s’adresser directement aux topoi, aux catégories  et aux ensembles, sans passer par cet « intermédiaire » un peu gênant, pour tout dire Clin d'oeil

La philosophie n’est certes pas créatrice de vérités, nous sommes bien d’accord, mais c’est parce qu’elle est acheminement infini de l’âme vers la Vérité, sous condition de la seule mathesis (plutôt que mathème).

Et nul besoin ici, pour une fois, pour la seule fois, de fastidieuses « démonstrations » ! les démonstrations sont les yeux de l’âme, pour qu’elle s’oriente sur la route, mais elles ne peuvent créer la route…

il nous suffit , pour nous « justifier », d’admettre les trois présupposés énoncés plus haut…et que le feu du ciel nous carbonise à l’instant même si nous les rejetons, pauvres personnages qui n’aurons pas su ni pu porter notre désir essentiel du bas-ventre jusqu’au cerveau…Horreur !

Deux blogs à vocation « généraliste » sur le Dieu des philosophes et des savants sont maintenant disponibles:

  http://conversionspirituelle.over-blog.com

  http://sedenion.blogg.org

Taslima Nasreen, et portrait de Freud en possédé

« La philosophie de l’esprit » est un petit recueil de leçons qu’a données Léon Brunschvicg en Sorbonne en 1921 et 1922; il s’agit d’ un travail préparatoire au « grand oeuvre » qu’est le « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale ».

J’en tire ces lignes admirables, extraites de la treizième leçon : « La conversion à l’humanité »

« ce qui s’oppose avec Socrate à la force matérielle du passé social, c’est l’humanité idéale que portent en soi la découverte et le développement de la raison pratique, c’est une sorte de Médiateur tel que sera le Verbe selon Malebranche dans les Méditations chrétiennes, ou le Christ selon Spinoza dans le Tractatus theologico-politicus.

Le Médiateur est présent chez Galilée devant le Saint Office, comme plus tard, devant la violence acharnée des critiques, chez Lavoisier ou chez Cauchy, chez Pasteur ou chez Einstein. C’est lui aussi qui est, devant les condamnations prononcées par les autorités sociales, présent chez le Pascal des Provinciales et chez le Voltaire de l’affaire Calas, chez le Rousseau de l’Emile et chez le Kant de la « Religion dans les limites de la simple raison ».

Cette présence est ce qui rend heureux le modèle de justice que Platon a dépeint dans le second livre de la République:

« il sera fouetté, torturé, mis aux fers, on lui brûlera les yeux; enfin, après lui avoir fait souffrir tous les maux, on le mettra en croix, et par là on lui fera sentir qu’il faut se préoccuper non d’être juste mais de le paraître »

Or le juste parfait, quelle que soit sa destinée, du point de vue physique ou social, est heureux non en songeant à l’avenir, par l’espoir d’un temps où serait matériellement compensé et récompensé le sacrifice actuel, mais par une joie immédiate, intérieure et pleine qui ne laisse place à aucune idée de sacrifice, où il s’exalte au contraire dans le sentiment d’incarner la justice éternelle et universelle »

j’ajouterai bien sûr tout de suite, ce que Brunschvicg ne pouvait pas dire de lui même,  que le plus parfait exemple de ce Médiateur ( qui est aussi le Logos endiathetos ou le Verbum ratio du « Progrès de la conscience ») est…. Brunschvicg lui même. Et la « mise en croix » n’a pas consisté dans son cas en une mise au ban sociale (puisqu’il était l’une des sommités, l’un des « Mandarins » de la philosophie française, au moins dans les années 30) mais dans la parfaite incompréhension, ignorance (et mise sous silence, ou presque,  depuis 1945 ) du sens de sa pensée…ceci pour ne pas parler des affreux malheurs qu’il a dû subir à la fin de sa vie à partir de l’invasion allemande de 1940, malheurs qu’il a endurés avec le calme parfaitement stoïque qui signalent le Sage, et prouvent , « vérifient », qu’il a réalisé, comme Spinoza, « non pas le meilleur système philosophique, mais la vraie philosophie ».

Ceci est d’ailleurs une réponse aux critiques d’un Martial Guéroult (critiques qui doivent être prises en considération venant de l’un des plus grands historien de la philosophie) qui croit réfuter l’oeuvre de Brunschvicg en observant que celle ci fait sans cesse appel à l’exigence de vérification, mais omet de vérifier ses axiomes de départ (ce qui est impossible d’après les conceptions de Guéroult d’ailleurs). Mais la vérification est ici la personne même de Brunschvicg (ou de Spinoza) dont TOUS les commentateurs, même les plus critiques, reconnaissent l’immense valeur , ainsi que  la parfaite bonté et humilité et pour tout dire la parfaite humanité…

Mais je voudrais ici reconnaitre un nouvel « avatar » (mot choisi exprès ici) du « Médiateur »   en la personne de cette femme admirable et sublime qu’est Taslima Nasreen.

Je ne veux certainement pas jeter la pierre à Ayaan Hirsi Ali ni à Theo Van Gogh, dont j’admire l’immense courage (que Theo Van Gogh a payé de sa vie) face au fanatisme qui en ce siècle menace l’humanité dans son existence même, mais il me semble que Taslima Nasreen se situe, comme d’ailleurs Salman Rushdie dont elle partage les origines et le génie littéraire, à un niveau supérieur.

Je n’en veux pour preuve que son livre « Lajjâ » , cause de tous ses ennuis, livre insupportable pour les islamistes comme pour les « autorités sociales » puisqu’elle y fait une place à l’autre « Autre » qui est pour elle, la musulmane par la naissance,  l’hindou qui est le héros du livre et dont elle raconte les persécutions qu’il subit de la part de la majorité musulmane du Bangladesh:

http://www.republique-des-lettres.fr/10280-taslima-nasreen.php

Cette femme d’un talent et d’une noblesse de caractère exceptionnels est soumise depuis des années à des menaces de mort, harcèlement et persécutions de la part de « groupes islamistes », et obligée de mener une vie errante en changeant régulièrement de pays et de continent. L’Inde, pays où pourtant les musulmans ne sont qu’une minorité (mais une minorité très agissante) est embarrassée par son cas : craignant que le fragile « équilibre communautaire » ne soit rompu, et que des émeutes inter-ethniques n’ensanglantent le pays, les divers pouvoirs politiques des états de l’Inde où elle se réfugie se croient obligés de « l’exfiltrer » , cédant aux exigences des islamistes. L’Europe ou les USA pourraient lui accorder un visa de réfugiée (mais là aussi , les agitateurs islamiques feraient tout ce qu’ils peuvent pour qu’elle soit expulsée), mais Taslima Nasreen considère que c’est l’Inde qui est son cadre naturel, et ne veut vivre que là bas.

J’extrais du site suivant :

http://www.chiennesdegarde.org/article.php3?id_article=32

la « réaction », en 1999, de la première ministre bengladaise de l’époque à un livre de Taslima:

« « « Taslima Nasreen vient de littéralement tuer son père et sa mère dans son dernier livre. Ce qu’elle écrit, ce n’est ni plus ni moins que de la pornographie », ajoute-t-elle en rappelant que l’écrivain a été « trois fois divorcée ». Et de conclure : « Son livre, je viens de le faire interdire ! » »

ces propos sont glaçants et terrifiants !

C’est ici que les lignes de Brunschvicg citées plus haut, et qui ont été écrites en 1921-1922, prennent tout leur sens !

Quel est il , ce Dragon, qui semble Tout Puissant et éternel, auquel Taslima Nasreen doit faire face comme en leur temps Socrate à ses « juges » ou Galilée (ou Giordano Bruno) à ses inquisiteurs ? il s’appelle « fanatisme » bien sûr, ou « intégrisme », ou « extrémisme » , catégories dont sont friands nos medias occidentaux politiquement corrects, qui rappellent (et ils ont raison) que Taslima Nasreen pourrait trouver un refuge où personne ne viendrait chercher à l’expulser dans un état , celui du Gujarath par exemple, gouverné par les « extrémistes hindouistes » qui par haine de l’Islam sont prêts à l’accueillir les bras ouverts.

Mais Taslima Nasreen refuse, et pour une bonne raison qu’ignorent nos medias occidentaux si « corrects » : c’est qu’elle est une nouvelle incarnation, un nouvel « avatar » du Médiateur dont parle Brunschvicg, et que comme l’avait vu Brunschvicg elle ne fait pas face seulement au dragon « fanatisme », mais à un monstre bien plus puissant sans lequel le premier n’aurait aucune force  : le conformisme social et religieux. Car sont ils des hommes de foi, ces gouvernants qui expulsent (oh pardon : « exfiltrent ») une femme qui est un écrivain de génie, et qui pourrait apporter au pays où elle résiderait un gain « culturel » considérable, juste pour éviter des émeutes sanglantes en cédant aux exigences des islamistes ? sont ils des hommes de foi ces « leaders » religieux qui déclarent que l’on peut parler de tout, y compris du port du voile, mais que ce qui est insupportable est la manière « indécente » dont Taslima (comme Theo Van gogh en son temps) a osé parler du « Prophète de l’Islam » ?

mais pourtant le Prophète Mahomet n’est qu’un homme comme les autres (faillible donc !), c’est là l’une des bases de l’Islam, qui entend se démarquer du mythe chrétien de l’incarnation divine ou des mythes hindouistes des « Avatars »… mais il semble que certains sont plus hommes que d’autres, puisque toute critique du Prophète est interdite sous peine de mort, et que ce « prophète » semble jouir de « droits spéciaux » (avoir treize épouses notamment, et d’innombrables concubines, alors que l’Islam interdit d’en avoir plus de quatre).

Ici encore c’est Brunschvicg qui nous prévient en opposant le prophétisme, propre aux mentalités primitives d’Orient, à la Raison qui est aussi la spiritualité véritable propre à l’Occident (l ‘Occident véritable là aussi, dont l’Occident actuel n’est qu’une pâle copie non conforme), raison attachée au scrupule de l’incessante vérification, contre le dogmatisme « oriental » qui assène : « C’est Moi la Vérité ! ». Voici la citation de Brunschvicg qui correspond si bien là encore au sujet traité :

« Léon Brunschvicg évoquait « la nécessité psychologique qui fait que le soit-disant prophète ne peut emprunter sa figuration de l’avenir qu’aux ombres du passé ». Il opposait « le positivisme de raison » au « positivisme d’Église fondé tout entier sur le sentiment de confiance qu’un homme éprouve (et fait partager) dans la valeur unique de sa pensée et où il puise l’illusion de pouvoir créer la méthode et dicter à l’avance les résultats des disciplines qui ne sont pas encore constituées à l’état de science. » « .

j’ai extrait ce passage du site suivant, qui se livre à une critique très « brunschvicgienne » de la psychanalyse freudienne comme possession spirituelle :

http://www.psychiatrie-und-ethik.de/infc/fr/la_psychanalyse_comme_possession.htm

« Possession » est ici à prendre dans tous les sens : Freud est un « possédé », tout comme ceux de Dostoievsky, et il entend « posséder », prendre le contrôle total, de l’âme de ceux qui le suivent, les « disciples »; il s’agit indéniablement d’un nouveau prophète religieux, comme le montre suffisamment son aveu selon lequel il désirerait instaurer une « dictature de la raison ». Mais si le mot « raison » doit signifier quelque chose, dans ses dimensions de vérification, de démonstration et de justification, il ne peut qu’être radicalement incompatible avec la notion de « dictature », et la folie complète qu’est la psychanalyse saute aux yeux. Le site proposé analyse de façon brillante la notion d’auto-analyse à laquelle Freud (et lui seul) se livre, mais il devrait être aussi rappelé que ceci est le propre de tout « Premier Prophète législateur » (comme Moïse, Mahomet, Manou, etc… et même Bouddha, osons le dire, même si cela doit scandaliser les groupies du Dalaï Lama et les charmantes femmes thailandaises au si joli sourire). En effet, celui qui énonce la Loi pour la première fois s’excepte lui même de la Loi (et c’est la raison pour laquelle Mahomet, qui aimait tant les femmes, s’autorise à  en avoir plus que quatre). Et d’ailleurs, Platon ne dit il pas , au début du livre « Les lois », que c’est un dieu, et non un homme, qui vient donner la loi à la cité ?

A ce prophétisme oriental s’oppose de part en part la spiritualité d’Occident, celle d’un Descartes, ou d’un Spinoza qui ne trouve la Lumière (intérieure ) qu’au moyen des « démonstrations qui sont les yeux de l’âme ».

 Et celle bien sûr d’un Brunschvicg, premier et dernier Sage d’Occident (Brunschvicg qui est de naissance juive tout comme Spinoza, Einstein ou Freud, mais pour lequel tout particularisme doit être surmonté dans l’universalisme de la Raison), dont le site cité plus haut rappelle de façon opportune que:

« Dans l’introduction à son livre « Les Progrès de la Conscience dans la philosophie occidentale », Léon Brunschvicg définit ce qu’est pour la philosophie l’opposition entre l’homme venant d’occident et celui venant d’orient : « Un homme qui, n’ayant d’autre intérêt que le vrai, s’appuie à l’intellectualité croissante d’un savoir scientifique pour s’efforcer de satisfaire l’exigence d’un jugement droit et sincère ; l’autre qui s’adresse à l’imagination et à l’opinion, se donnant toute licence pour multiplier les fictions poétiques, les analogies symboliques et leur conférer l’apparence grave de mythes religieux » »

Brunschvicg qui en 1929, dans les « appels de l’Orient »,  caractérisait ainsi le véritable « homme occidental » qui est apparemment « porté disparu » depuis la mort du Sage le 18 janvier 1944 (sans qu’hélas il ait pu voir la défaite de la barbarie et la chute de l’aigle nazi):

«L’homme occidental, l’homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l’Occident n’a jamais produit, d’ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l’humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l’Orient, avec la diversité presqu’infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l’Orient sur l’anarchie et l’hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes.Et, en même temps, l’Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d’un éclair. Lorsqu’Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s’explique pas sans un souffle venu de l’Inde. Les « valeurs méditérranéennes », celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d’origine et de caractère asiatique……quant à l’avenir de l’Occident, il n’est pas ici en cause : une influence préméditée n’a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l’Européen sur l’Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l’empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la Raison occidentale, qui est la Raison tout court, de faire surgir, ainsi que l’ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en  chassant les imaginations matérialistes  qui sont ce que l’Occident a toujours reçu de l’Orient» 

 

 

 

Le herem de Spinoza

On trouvera ci dessous le texte du herem  de Spinoza (impliquant son exclusion de la communauté juive d’Amsterdam mais aussi du peuple « juif » d’Israel pour l’éternité), prononcé par le Mahamad d’Amsterdam (l’autorité juridique particulière aux juifs) le 27 juillet 1656.
Ce libelle a été placardé dans tout Amsterdam et envoyé dans les principales villes d’Europe où il y avait d’importantes communautés juives…
Le terme « herem » est très fort, il signifie plus qu’exclusion : « destruction », « anéantissement ».
En 1948 Ben Gourion a tenté de faire lever ce « herem », mais ce fut peine perdue, les rabbins de l’Israel moderne refusèrent.
Spinoza est ainsi à ma connaissance (particularité que même Jésus n’a pas) d’être le premier ( et le seul ?) juif à avoir cessé « officiellement » de l’être ! et il le fut volontairement, car il aurait pu facilement éviter cet édit avec quelques accomodements mineurs, on lui proposa même de l’argent pour renoncer à ses activités philosophiques !
 
 « Les messieurs du Mahamad vous font savoir qu’ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s’efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu’il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu’il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l’accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d’Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes:

A l’aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d’Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés. Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l’encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l’on trouve dans la Torah.


Qu’il soit maudit le jour, qu’il soit maudit la nuit, qu’il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu’il veille
. Qu’il soit maudit à son entrée et qu’il soit maudit à sa sortie. Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps.

 Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu’elle soit égarée dans les ténèbres et le néant.

Que Dieu lui ferme à jamais l’entrée de Sa maison.


Veuille l’Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l’Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

 

Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu’il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d’Israël en l’affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah.
Et vous qui restez attachés à l’Eternel , votre Dieu, qu’Il vous conserve en vie.


 

 

 
 

Quelques mots pour tenter de comprendre (si cela est possible ?) la violence extrême contenue dans ces quelques lignes, et qui rappellent celle des islamistes actuels.

Il n’est cependant aucunement question pour moi de me servir de ces évènements particuliers et situés dans l’espace et dans le temps pour me livrer à une critique globale du judaïsme et pour tracer une analogie, même partielle, avec l’Islam (ou l’islamisme). Ce ne serait pas correct. La communauté juive d’Amsterdam ou des Pays Bas était très fragile, car comptant en son sein une proportion importante de « marranes » (dont Spinoza), ces juifs venus d’Espagne ou du Portugal qui avaient fait « retour » à leur religion après une période plus ou moins longue de conversion forcée au christianisme.

A peu près à la même date (dix ans plus tard, en 1666) se situe le « schisme » du « Messie apostat de Smyrne », Shabbataï Tsevi , dont la conversion tout extérieure à l’Islam sous la menace de mort du sultan turc a été une véritable séisme pour le judaïsme mondial, et pris le sens de la création en quelque sorte d’une nouvelle religion : le sabbatianisme, sur lequel un grand érudit comme Gershom Sholem a écrit des pages admirables.

Alors pourquoi diffuser ce texte ?

pour montrer avec évidence la différence abyssale qui se creuse entre le Dieu des philosophes et des Savants, qui est celui du spinozisme, et le Dieu d’Abraham, qui est celui des trois monothéismes.

Il y a deux dangers de méprise concernant Spinoza : celui de le comprendre comme un athée matérialiste, prédécesseur en quelque sorte des marxistes modernes, ou bien comme un « mystique », un « oriental » égaré dans l’Occident moderne commençant…

Or ces deux erreurs buttent sur le livre V de l’Ethique, pierre d’achoppement qui a laissé la plupart des commentateurs perplexes : comment concilier le déterminisme absolu des quatre premiers livres avec la merveilleuse libération spirituelle décrite au livre V et obtenue au moyen de la connaissance « intuitive » du troisième genre ?

La tentation est grande, soit d’ignorer purement et simplement ce livre V (ou du moins de le minimiser, de le mettre sur le compte d’un « retour du refoulé juif » dans une conception matérialiste de l’esprit) , soit de l’envisager dans l’optique de la philosophia perennis et de la mystique éternelle.

Là encore, c’est Brunschvicg, qui se définit dès ses débuts comme spinoziste et élève de Spinoza, qui nous procure la compréhension des véritables enjeux du spinozisme . Il se refuse à séparer Spinoza de Descartes, le premier n’aurait pas existé sans le second, et il voit en eux les fondateurs du véritable « Occident », c’est à dire d’une entié non pas géographique ou ethnique mais bien spirituelle au sens réel de ce mot.

Le livre à lire pour comprendre les thèses de Brunschvicg est évidemment « Spinoza et ses contemporains », mais on trouvera dans un texte très court et très dense tous les éléments nécessaires : « le platonisme de Spinoza », qui figure dans le premier tome des « Ecrits philosophiques ».

Il y oppose le platonisme de Spinoza (qui consiste à reprendre et étendre la doctrine de Platon sur l’utilité de la mathesis pour la conversion spirituelle philosophique) à celui de Plotin, tout embrumé d’imaginations mystiques et vitalistes.

J’en extrais cette citation (à la fin du texte) qui résume à elle seule tout l’enjeu de la conception brunschvicgienne du spinozisme:

«Loin d’avoir à opposer, dans le spinozisme, l’inspiration de Descartes et l’inspiration de Platon, nous comprenons maintenant que Spinoza n’a été authentiquement platonicien que pour avoir été résolument et systématiquement cartésien, reléguant dans le plan inférieur de l’imagination tous les éléments mythologiques, toutes les croyances traditionnelles, retenant, sur le faîte même de l’unité spirituelle, cela seulement qui satisfera aux scrupules de méthode rigoureuse, aux exigences d’entière clarté, par lesquelles se caractérise la conscience occidentale»

J’ajoute la référence à un autre texte disponible sur le web de Brunschvicg sur Spinoza : « Sommes nous spinozistes ? » (paru dans Chronicon spinozanum, 1927):

http://societas-spinozana.blogspot.com/2008/02/l-brunschvicg-cs-v.html

Ce texte se trouve aussi dans le premier tome des « Ecrits philosophiques ».

Voir aussi un texte sur « La logique de Spinoza », paru dans la « Revue de métaphysique et de morale », accessible sur Gallica, ou à (cliquer sur « Download ») :

http://www.scribd.com/doc/3610508/Brunschvicg-La-logique-de-Spinoza

 

 

Le DIEU des philosophes et des savants

Dans son mémorial du 23 Novembre 1654, Pascal oppose Dieu des philosophes et Dieu d’Abraham en ces termes:

« L’an de grâce 1654,

Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu’à environ minuit et demie.

FEU

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants.

Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. « 

(texte complet ici : http://www.bibleetnombres.online.fr/memorial.htm )

Brunschvicg, lors d’une fameuse séance de la Société de philosophie en Mars 1928, intitulée « Querelle de l’athéisme », reprend l’opposition pascalienne mais d’une façon inversée pourrait on dire, voire symétrique, en affirmant l’impossibilité de toute synthèse, de toute conciliation entre le Dieu des philosophes et le Dieu d’Abraham.

Le titre de « Querelle de l’athéisme » renvoie bien sûr à une autre « mésaventure », survenue au 19 ème siècle à Fichte avec des conséquences bien plus redoutables… autre temps autres moeurs ! et ceci évoque aussi les « péripéties » connues par Spinoza un peu plus d’ un  siècle avant Fichte.

mais, philosophiquement parlant, il importe avant tout de quitter le terrain de l’anecdote et d’essayer de caractériser un peu plus précisément « ce qui fâche », et ce qui apparemment fâche les tenants du Dieu des croyants, du Dieu d’Abaraham, qui est pourtant parait il le Dieu de miséricorde ?

Fichte, dans l’ouvrage « Querelle de l’athéisme », accuse ses accusateurs en les vilipendant comme « idolâtres ». Selon lui, toute conception de « Dieu » comme « substantiel », comme une entité distribuant des récompenses et des punitions sous forme de bien être ou de mal être, doit être écartée comme idolâtre.

On est là bien proche de la pensée de Brunschvicg, qui dans « Raison et religion », commence son apporche en opposant « moi vital » et « moi spirituel ». Ce livre « Raison et religion », l’un des plus importants sans doute pour la question religieuses, qui est centrale chez Brunschvicg tout comme pour nous ici même, est accessible online à l’adresse web suivante :

http://www.archive.org/details/MN40150ucmf_7

Le Dieu des philosophes est atteint au terme d’un « renversement de perspective » qui rappelle celui du cogito, ou bien celui de la révolution copernicienne:

« le Discours de la méthode de Descartes marque dans l’histoire de l’esprit humain la ligne de partage des temps, il s’agit d’un traité de la seconde naissance, non plus du tout le rite de passage , la cérémonie d’initiation qui voue l’enfant à l’idole de la tribu, mais bien l’effort viril qui l’arrache au préjugé des représentations collectives, à la tyrannie des apparences immédiates, qui lui ouvre l’accès d’une vérité susceptible de se développer sous le double contrôle de la raison et de l’expérience »

« ce renversement de perspectives, qui transporte du plan de l’institution au plan de la conscience l’idée même de la régénération et du salut, qui met en regard le Dieu de la tradition et le Dieu de la réflexion, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob comme dira Pascal et Dieu des Philosophes et des Savants, est préparé de loin dans l’histoire religieuse de l’Occident »

ce « loin » renvoie à la prodigieuse histoire de l’esprit occidental telle qu’elle est fixée par Brunschvicg dans le « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale » : il nous fait remonter loin efectivement, jusqu’à Xénophane de Colophon, auquel Karl Popper rend aussi hommage:

http://fr.wikipedia.org/wiki/X%C3%A9nophane_de_Colophon

ce Xénophane étant le premier à combattre et renverser les « dieux tribaux à nom propre » (dont font partie le dieu de l’Islam et celui du judaïsme), ce qui n’est pas le cas d’Abraham contrairement à ce que prétendent les tenants du Dieu de Pascal, du Dieu des croyants, du Dieu d’Abraham justement.

Voici l’hommage que lui rend Brunschvicg au premier chapitre de « L’esprit européen », série de conférences données en Sorbonne de Décembre 1939 à Mars 1940 (un des seuls livres qui semble t’il ne sera pas mis en ligne sur le site des « Classiques » : http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html )

« après Thalès de Milet, précurseur de la physique, après Pythagore de Samos émigré dans la Grande Grèce, c’est, avec Xénophane de Colophon, le premier nom de l’école éléatique, un troisième souffle qui, parti des rives d’Asie mineure, va contribuer à déterminer le sens dans lequel l’esprit européen devait s’engager… un aède original et profond qui rompt avec les moeurs de sa corporation, qui est le véritable héros d’une piété sincère. Grâce à lui, et dès la première leçon de ce cours, nous avons gravi le sommet d’où nous aperçevons la Terre promise de la spiritualité européenne »

ces lignes sont le résultat d’un travail spirituel d’une précision inouïe,  ce qui est habituel chez Brunschvicg, mais prend ici une portée inusitée puisque le ton de ces conférences, prononcées pendant la « drôle de guerre », était d’une gravité singulière. Le « juif universaliste » Brunschvicg, face aux hitlériens démoniaques, y revendique en termes « mosaïques » (la « terre promise ») la pleine spiritualité européenne, à l’exemple d’autres philosophes « juifs » comme Cassirer et Husserl. Et pour ces « juifs » qui vont jusqu’au bout de la « réalisation » du « programme juif », c’est à dire jusqu’à la rupture complète, c’est la Grèce antique de Xénophane, des physiciens Ioniens et de Platon qui est la source primordiale de la spiritualité européenne, et non pas  le judeo-islamo-christianisme : le premier  « casseur d’idoles » est Xénophane le philosophe historique, pas le mythique Abraham.

publication progressive de l’oeuvre de Brunschvicg sur le web

 
le site des « Classiques » a entrepris semble t’il de mettre à disposition gratuite des internautes l’oeuvre complète de Léon Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html

Après « Héritage de mots héritage d’idées »,  c’est au tour d’un autre ouvrage fascinant et bouleversant datant de la fin de la vie de Brunschvicg : « Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne », d’être rendu accessible.

Bouleversant parce qu’il a été terminé en 1942, année où Brunschvicg était dans la clandestinité totale, soutenu heureusement par des amis comme Maurice Blondel, mais séparé pour toujours des ses enfants qui étaient en Angleterre. Ses enfants qu’il ne reverra pas, puisqu’il est mort le 18 Janvier 1944, sans voir la libération de la France et la chute du nazisme, évènements qu’il avait cependant pressentis, ou plutôt prévus avec la certitude totale qui est celle de la Raison, qui peut douter de tout sauf d’elle même et de sa supériorité intrinsèque sur l’obscurantisme irrationnel des idolâtries « magiques » du « sang et du sol » comme de celles des « religions » des « dieux à nom propre ».

On lira avec une attention toute particulière la préface qui retrace tout l’itinéraire de pensée de celui qui fut  l’un des maitres de la philosophie d’avant-guerre , pour tomber dans un complet oubli après 1945 :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/descartes_et_pascal/descartes_et_pascal_preface.html

L’oubli total et volontaire de celui qui fut l’un des « mandarins » des années 30, après la libération, y est bien expliqué. Cet oubli , qui est d’ailleurs plutôt un étouffement, dure encore à ce jour, même si le travail du site des « classiques » permet de reprendre espoir.

Mais il faut ajouter que si la rupture avec l’idéalisme critique d’avant-guerre peut s’expliquer par la déception devant son impuissance à prévoir et à combattre la Bête nazie « montant de l’Abîme », cette accusation manque son objet.

En effet ce n’est pas à cause de l’idéalisme  prétendûment abstrait et « alimentaire » (critique faite notamment par Nizan dans les « chiens de garde », où il voit Brunschvicg comme « s’alimentant » de toute adversité  pour en nourrir sa pensée) mais bien par impuissance de l’humanité ordinaire à se hausser au niveau de cette pensée et de son exigence, que la totalitarisme a pu s’exercer sans véritable résistance jusqu’en 1944.

Et aussi après cette date d’ailleurs, mais là nous parlons du totalitarisme stalinien, dont Sartre s’est rendu complice jusqu’en 1956 (alors que Céline l’antisémite l’avait dénoncé dès 1936), puis du totalitarisme maoïste qui a bénéficié en France de l’admiration des « grandes consciences » droit de l’hommistes que nous connaissons bien, et qui se sont racheté depuis une virginité démocratique.

Cete intéressante préface au livre de Brunschvicg s’étend aussi sur la nature nouvelle et spéciale de « Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne » : Brunschvicg, ébranlé par les évènements de 1940 à 1942, y aurait pour la première fois fait place au « doute » à propos de son « système rationaliste fondé sur la science ».

Mais cela me semble inexact, en ce que la pensée de Brunschvicg s’est toujours, et depuis les débuts, « nourri » des pensées adverses et « opposées » (ou « différentes ») en les accueillant et les discutant. Et l’on peut ici, bien sûr, arguer de son admiration pour Pascal ou Bergson, deux penseurs pourtant très éloignés de lui philosophiquement parlant.

Il est d’ailleurs à souligner que Bergson est une autre sommité d’avant-guerre qui n’a pas connu après 1945 le mùême destin d’oubli : c’est sansdoute que le bergsonisme fait place au mysticisme, qui est et sera toujours à la mode… mais je partage au demeurant l’admiration de Brunschvicg pour ce géant de la pensée qu’est Bergson.

La thèse du livre est donc que la modernité (initiée par Descartes) dérive du scepticisme de Montaigne, qui se trouve donc ainsi accorder une importance cruciale…

mais , tout en étant d’accord bien sûr avec ce verdict, il ne faudrait pas en rester là, et je voudrais ici simplement citer une réflexion de Brunschvicg tirée d’un autre texte  (« L’humanisme de l’Occident », introduction au premier tome des « Ecrits philosophiques ») à propos de Montaigne et Descartes:

 » Mais depuis Descartes on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives (qui est la  première perspective de la sagesse occidentale, de laquelle nous sommes redevables à Montaigne).

sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler ça et là dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle.

A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit, ou, comme dira Pascal, un ignorant; dans le réveil de la mathématique, il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur la «petite histoire de son âme».

Or, quand Descartes raconte à son tour «l’histoire de son esprit», une tout autre perspective apparaît: la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée par le génie de l’analyse ».

On pourrait lire dans ces lignes, sans se tromper de beaucoup, une conception quasi-prophétique de Descartes, et aussi trouver l’explication du dédain affiché par nombre d’intellectuels, anglo-saxons mais aussi français, pour Descartes : c’est que notre époque n’aime les prophètes que religieux, environnés d’éclairs, de crainte et de tremblement, et de phénomènes surnaturels. Et surtout elle les aime de loin : pour la vie quotidienne, on préfère la « petite histoire de l’âme » , mais ici les mots de Brunschvicg peuvent sembler trop sévères pour Montaigne, que sa culture des nobles sages de l’antiquité met à l’abri des divagations « nunuches » des  contemporains narcissiques obsédés de leur « belle âme » (que ne l’introduisent ils en bourse !!? cela règlerait sans dout leurs problèmes de « pouvoir d’achat »).

 La « mission prophétique » de Descartes existe bel et bien et débute historiquement dans la nuit « de la Saint Martin » du 10 au 11 novembre 1618 avec les trois rêves de Descartes, qu’il interprète lui même dès le réveil (et même pendant la durée du songe pour le dernier) et qui lui semblent inspirés par l’Esprit de Vérité, autre nom de Dieu des philosophes.

Celui qui est aussi, et simplement, « la Vérité », d’après le « Court Traité » de Spinoza.

Parmi les autres livres ou articles de Brunschvicg, on trouvera « Les étapes de la philosophie mathématique » (sans doute son ouvrage le plus important, le plus commenté en tout cas, et qui n’a pas pris une ride) à cette adresse du site de l’université du Michigan:

on trouvera aussi un grand nombre d’articles parus dans la « Revue de métaphysique et de morale » (qu’il avait fondée en 1893 avec Xavier Léon) sur le site de la bibliothèque nationale Gallica:

http://gallica.bnf.fr

(taper « Brunschvicg » en mot clé dans le cadre « recherche libre » ou « auteur », ou bien cliquer sur « périodiques » pour trouver la Revue de m’étaphysique et de morale).

Un autre livre important de lui, « De la vraie et de la fausse conversion », a paru sous forme d’articles dans plusieurs numéros de la revue à partir de 1930, voici les adresses de différents morceaux du livre:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112646/f1.item (chapitre 1,  aller pages 279-297)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11271g.item (chapitre 2, aller aux pages 187 à 235)
 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11278w (chapitre 3, aller pages 17 à 46)
 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112797.item (fin du chapitre 3, aller page 153 pour le début du texte de Brunschvicg)).

On trouvera aussi « Raison et religion » et « Spinoza » sur « Archive » :

 http://www.archive.org/search.php?query=Brunschvicg%20AND%20mediatype%3Atexts

La conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg

Les lignes qui vont suivre datent de 1937, et ont été écrites par Marie-Anne Cochet, dont le livre : « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de L. Brunschvicg » est l’une des plus brillantes analyses de la philosophie de celui qui est pour nous un Maître de Sagesse, au même titre que Descartes ou Spinoza , dont il ouvre d’ailleurs l’accès à la compréhension véritable

Brunschvicg était encore en vie en 1937, et au sommet de son activité philosophique; mais il ne pouvait pas ne pas voir et entendre les grincements démoniaques venus d’Allemagne, et sans doute a t’il « prévu » ce qui allait lui arriver: la fuite loin de Paris en juin 1940, l’abandon forcé de son bel appartement parisien et de sa bibliothèque, et ce alors qu’il était âgé de 71 ans. C’est ici que l’on voit l’absurdité absolue de l’antisémitisme : car Brunschvicg, né juif, avait complètement abandonné tout particularisme et accédé au niveau propre de la philosophie et de la science : celui de l’Universel.

 Brunschvicg trouva heureusement, avec son épouse Cécile Weill-Brunschvicg (qui avait été secrétaire d’Etat à la condition féminine en 1936 dans le gouvernement Blum) refuge chez des amis, dans le sud de la France; et tous ceux qui l’ont connu à cette époque peuvent témoigner que ce philosophe et ce SAGE a su garder dans cette épreuve l’égalité d’âme et la dignité spirituelle qui caractérisent le véritable philosophe, dans la lignée de Socrate. Souvenons nous de son exemple dans les moments difficle, et aussi des exhortations de Jünger (dans « Recours aux forêts-Traité du rebelle ») à l’homme libre d’être toujours prêt à abandonner son foyer et sa bibliothèque.

 Mme Cochet , auteur des lignes qui vont suivre, est aujourd’hui une parfaite inconnue au royaume de la philosophie, où, convenons en, « il doit y avoir quelque chose de pourri ». Je donnerais pour ma part tout Badiou, Sartre et Deleuze pour cette page, que je vais maintenant scrupuleusement retranscrire.

« S’il (Goethe) n’atteint pas l’intellection des rapports purifiés d’images, c’est qu’il est poète avant tout et que le poète ne peut s’évader du monde des images qui est le royaume de l’enfance humaine.

Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s’évadant de l’animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c’est un stade que toutes n’atteignent pas, et auquel l’art et la religion s’opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu’il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle.

Du physiologique au physique, de l’instinct à l’intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l’émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d’une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers,l’intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées.

Dans ce nouvel univers l’esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et,sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l’infini.

Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n’en font plus qu’un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l’unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l’activité fonctionnelle la plus élémentaire.

Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l’immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l’émoi organique le plus fondamental. »

C’est exactement la doctrine cartésienne de la Mathesis Universalis (développée dans les « Règles pour la direction de l’esprit », et qui évoluera dans les ouvrages ultérieurs vers la mathesis pura atque abstracta puis la métaphysique des Meditationes) qui imprègne ces lignes.

 Le « nouvel univers » de la pensée philosophique-scientifique, qui est un univers d’objets dans des catégories et de morphismes les reliant entre eux en un réseau de rationalité de plus en plus dense, n’a rien à voir avec le « monde sensible » des « choses », qui est celui où reste engluée la religion, le mythe, et trop souvent la philosophie. Les « rapports de correspondance détachés des objets sensibles et des images poétiques » évoquent exactement les foncteurs et les morphismes.

Tout le monde, loin de là, ne partage pas cette conception de la sagesse et de la philosophie; ainsi le (très) grand philosophe (chrétien) Jean-Luc Marion étudie avec une lucidité extraordinaire ce remplacement (dans la Mathesis universalis cartésienne) de « la chose même » par l’objet et les rapports mathématiques, et de l’ousia aristotélicienne par un « complexe reconstruit de natures simples » (autant dire : par une catégorie mathématique) . Lire à ce propos « L’ontologie grise de Descartes » par Marion. mais c’est pour s’en offusquer ! je cite Marion :

« d’où l’ontologie grise où l’Ego recèle l’être d’objets, grises ombres des choses, parce qu’il a confisqué leur ousia aux choses, dévaluées en objets »

Mais je reviendrai sur les analyses et thèses de Marion, car il s’agit là d’un débat fondamental…

ce serait mal le poser que de le restreindre à la question :

 « le remplacement des objets sensibles, des choses, par les objets de catégories mathématiques, est il un enrichissement ou un appauvrissement ? »

Ni l’un ni l’autre  ! il s’agit plutôt d’un rapport de transcendance, celui de la conscience intellectuelle, que nous n’hésiterons pas à qualifier de « divine », à la conscience sensible d’un être soumis aux lois de la Nature et de l’évolution, au changement et à la mort.

Ce qui me permet de passer aux choses qui fâchent, à la nature « religieuse » du mot conversion…

Brunschvicg dit souvent, et il me semble que Schiller dit quelque chose du même ordre, que la véritable religion, celle qui unit, rassemble et « relie » les hommes, n’a rien à voir avec les religions, celles des dieux à noms propres; c’est d’aileurs devenu une observation banale, qui comme toutes les vérités s’est dégradée jusqu’à aboutir à des énoncés comme : « la véritable spiritualité n’a rien à voir avec les religions », sous-entendant  une « spiritualité » nébuleuse et vague qui est un travestissement du Penser spirituel propre à Spinoza ou Brunschvicg.

Il importe d’éviter désormais le mot « athéisme ». Puisque le mot « Dieu » peut vouloir dire bien des choses, et que d’ailleurs de par son sens essentiel il ne peut pas « vouloir les dire », alors le mot « athéisme » est futile et vain.

Brunschvicg n’est pas métaphysicien, il passe son temps à dévaluer métaphysique et logique au profit de l’activité mathématicienne . Aussi quand il parle de « Dieu », et cela lui arrive souvent, n’est il pas un modèle de rigueur conceptuelle, se contentant de le caractériser de manière transcendantale, comme condition de possibilité ou « source de Vérité », ou bien même comme « origine de la conscience intellectuelle ». Toujours est il , et on en retrouve trace dans la page de Mme Cochet, qu’il privilégie le Vrai platonicien par rapport au Beau et au Bien. De même Descartes considère d’abord Dieu comme vérace.

Ou peut être faut il dire que le Bien mystérieux « au delà de l’Essence » dont parle Platon est il cette « source de Vérité » que Brunschvicg appelle Dieu ?

Toujours est il qu’il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que la philosophie (se constituant à partir de la Mathesis Universalis) a pour objectif de purifier complètement l’Idée de Dieu de tout élément impur, non Intellectuel.

C’est à dire aussi:  « Amor Intellectualis Dei » de Spinoza .