HENOSOPHIA le monde spirituel

Et maintenant, homme de rien, fuis un moment tes occupations, cache-toi un peu de tes pensées tumultueuses. Rejette maintenant tes pesants soucis, et remets à plus tard tes tensions laborieuses. Vaque quelque peu à Dieu, et repose-toi quelque peu en Lui. Entre dans la cellule de ton âme, exclus tout hormis Dieu et ce qui t’aide à le chercher ; porte fermée, cherche-le

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Méditations sur la conversion spirituelle

Pour les grandes lignes de la conversion spirituelle, et touchant en particulier à son incompatibilité absolue avec toute « fausse conversion », c’est à dire « conversion à une religion autre que celle de la famille où l’on a vu par hasard le jour », il y a principalement deux livres à étudier et méditer sans relâche :

1 « Vraie et fausse conversion » de Brunschvicg, qui contient en appendice la fameuse séance dite « Querlle de l’athéisme » du 24 mars 1928 à la Société française de philosophie.

2  « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg » par Marie Anne Cochet (Bruxelles, 1937).

On peut trouver le premier livre sur le web, pour le moment sur Gallica en plusieurs articles de la Revue de métaphysique et de morale; par contre le second est introuvable, aussi sera t’il étudié en détail sur ce blog ainsi que sur les autres :

http://conversionspirituelle.overblog.com

http://sedenion.blogg.org

Mais il arrive aussi que l’on trouve de précieuses indications sur la voie à suivre en lisant des articles consacrés à Brunschvicg et à sa pensée par ses…adversaires (ils sont nombreux).

C’est ainsi que l’on peut lire dans le passage consacré à Brunschvicg, pages 488 à 504, dans « Le christianisme et les philosophes » Tome 2, par le R P Sertillanges :

«Il faut avouer que l’attitude de Mr Brunschvicg à l’égard de la religion est parfois étrange. Le penseur se donne le rôle d’un Père de l’Eglise à rebours. Il essaie de « convertir » les chrétiens au rationalisme et il excommunie les croyants. Il pense que le rationalisme, sur le terrain religieux même, est le successeur légitime du mysticisme primitif, et un état de virilité par rapport à « l’enfance » du monde»

On peut aussi trouver , sur le web cette fois, un article de Bremond : « Quelques essais de religion rationaliste », paru dans « Archives de philosophie » visible à l’adresse suivante sur Gallica (pages 63 à 117):

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31712r

Une grande place y est accordée à la « Querelle de l’athéisme »  de 1928 , la séance où Brunschvicg a exposé succinctement sa religion de l’Esprit et aux réactions généralement hostiles des autres participants, comme Gilson. Le résumé de la séance (page 68  sq) constitue une bonne première approche des vues de Brunschvicg, bien que l’auteur y soit hostile, et déclare par exemple d’entrée que si par hasard Descartes revenait, il ne se retrouverait ni dans la religion d’Alain ni dans celle de Brunschvicg mais serait quand même plus hostile à la seconde, qui éveillerait en lui une sorte d’horreur !

Si l’on peut se fier , tout au moins pour une première approche, au résumé fait de la pensée de Brunschvicg fait par quelqu’un d’ hostile, c’est que cette pensée est rigoureusement claire et limpide, ne « cache aucun atout  dans sa manche », toutes les cartes étant mises sur la table bien en évidence. Mais c’est aussi ce qui fait la difficulté. Car les exigences de cette pensée sont extrêmes, et doivent être mises en oeuvre, si du moins l’on vise la conversion spirituelle véritable, sans aucune concession ni tricherie. Et, comme le dit quelque part Brunschvicg : tous les philosophes qui ont essayé de « redresser l’esprit » de sa position anthropocentrique et egocentrique pour le restituer à sa véritable nature universelle, comme Socrate, Copernic, Galilée, Descartes, Spinoza, Einstein, et bien sûr Brunschvicg lui même ont toujours subi l’ostracisme de leurs contemporains, mais aussi de toutes les époques subséquentes.

Si l’on s’en tient donc au résumé que fait Bremond (page 68-69), on a une vue sommaire mais excellente de la « religion  » de Brunschvicg, sous son aspect théorique en tout cas. Il s’agit bien de contrer et retourner la suspicion d’athéisme adressée à l’idéalisme moderne, dûe au fait que celui ci repousse toute idée de transcendance. L’axe de la vie religieuse se trouve déplacé par l’avènement de la physique mathématique, qui ruine définitivement tout « en soi » de la matière , et par là toute philosophie réaliste et ses effets en termes de superstition créationniste Et une fois la causalité transcendante évacuée, ne reste que Dieu des philosophes et des savants, comme unité de l’esprit mathématique et moral, et principe des vérités éternelles (mathématiques) comme de l’amour et de la charité entre les hommes libérés par l’éthique de la connaissance (dépeinte aussi par Monod dans « Le hasard et la nécessité »). Un dieu annoncé déjà par Platon dans Eutyphron, ce dialogue auquel Brunschvicg accorde une grande importance, et qu’ il faudra donc étudier en détail ici.

Le mot de « conversion au rationalisme » a été prononcé plus haut  : mais Brunschvicg ne cesse aussi de mettre en garde contre les fausses conceptions de la raison. C’est pourquoi Marie-Anne cochet commence son livre par ces lignes qui sont autant d’indications précieuses pour diriger notre méditation Elle y part de la conception de Brunschvicg, présente dès les premières pages de « La modalité du jugement », de la philosophie comme connaissance intégrale.

«Mais l’objet d’une telle connaissance ne devrait il pas être un objet intégral et un tel objet n’est il pas impensable ?»

En effet, un tel objet ne serait rien d’autre que la notion objectivée du Tout, qui s’avère inconsistante comme le révèlent les paradoxes de la théorie des ensembles à propos de l’ensemble de tous les ensembles.

«Cette objection met en lumière un des principes fondamentaux de Brunschvicg, savoir la distinction entre la notion seconde d’un objet refermé sur lui même, qui implique l’immuabilité dogmatique de ce qui est considéré, et celle d’objectivité, qui désigne une opération nécessairement préalable, qui demeure progressive, établissant une convergence des lignes de connaissances diversement engendrées vers un centre commun«