HENOSOPHIA le monde spirituel

Et maintenant, homme de rien, fuis un moment tes occupations, cache-toi un peu de tes pensées tumultueuses. Rejette maintenant tes pesants soucis, et remets à plus tard tes tensions laborieuses. Vaque quelque peu à Dieu, et repose-toi quelque peu en Lui. Entre dans la cellule de ton âme, exclus tout hormis Dieu et ce qui t’aide à le chercher ; porte fermée, cherche-le

Archives Mensuelles: août 2008

Taslima Nasreen, et portrait de Freud en possédé

« La philosophie de l’esprit » est un petit recueil de leçons qu’a données Léon Brunschvicg en Sorbonne en 1921 et 1922; il s’agit d’ un travail préparatoire au « grand oeuvre » qu’est le « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale ».

J’en tire ces lignes admirables, extraites de la treizième leçon : « La conversion à l’humanité »

« ce qui s’oppose avec Socrate à la force matérielle du passé social, c’est l’humanité idéale que portent en soi la découverte et le développement de la raison pratique, c’est une sorte de Médiateur tel que sera le Verbe selon Malebranche dans les Méditations chrétiennes, ou le Christ selon Spinoza dans le Tractatus theologico-politicus.

Le Médiateur est présent chez Galilée devant le Saint Office, comme plus tard, devant la violence acharnée des critiques, chez Lavoisier ou chez Cauchy, chez Pasteur ou chez Einstein. C’est lui aussi qui est, devant les condamnations prononcées par les autorités sociales, présent chez le Pascal des Provinciales et chez le Voltaire de l’affaire Calas, chez le Rousseau de l’Emile et chez le Kant de la « Religion dans les limites de la simple raison ».

Cette présence est ce qui rend heureux le modèle de justice que Platon a dépeint dans le second livre de la République:

« il sera fouetté, torturé, mis aux fers, on lui brûlera les yeux; enfin, après lui avoir fait souffrir tous les maux, on le mettra en croix, et par là on lui fera sentir qu’il faut se préoccuper non d’être juste mais de le paraître »

Or le juste parfait, quelle que soit sa destinée, du point de vue physique ou social, est heureux non en songeant à l’avenir, par l’espoir d’un temps où serait matériellement compensé et récompensé le sacrifice actuel, mais par une joie immédiate, intérieure et pleine qui ne laisse place à aucune idée de sacrifice, où il s’exalte au contraire dans le sentiment d’incarner la justice éternelle et universelle »

j’ajouterai bien sûr tout de suite, ce que Brunschvicg ne pouvait pas dire de lui même,  que le plus parfait exemple de ce Médiateur ( qui est aussi le Logos endiathetos ou le Verbum ratio du « Progrès de la conscience ») est…. Brunschvicg lui même. Et la « mise en croix » n’a pas consisté dans son cas en une mise au ban sociale (puisqu’il était l’une des sommités, l’un des « Mandarins » de la philosophie française, au moins dans les années 30) mais dans la parfaite incompréhension, ignorance (et mise sous silence, ou presque,  depuis 1945 ) du sens de sa pensée…ceci pour ne pas parler des affreux malheurs qu’il a dû subir à la fin de sa vie à partir de l’invasion allemande de 1940, malheurs qu’il a endurés avec le calme parfaitement stoïque qui signalent le Sage, et prouvent , « vérifient », qu’il a réalisé, comme Spinoza, « non pas le meilleur système philosophique, mais la vraie philosophie ».

Ceci est d’ailleurs une réponse aux critiques d’un Martial Guéroult (critiques qui doivent être prises en considération venant de l’un des plus grands historien de la philosophie) qui croit réfuter l’oeuvre de Brunschvicg en observant que celle ci fait sans cesse appel à l’exigence de vérification, mais omet de vérifier ses axiomes de départ (ce qui est impossible d’après les conceptions de Guéroult d’ailleurs). Mais la vérification est ici la personne même de Brunschvicg (ou de Spinoza) dont TOUS les commentateurs, même les plus critiques, reconnaissent l’immense valeur , ainsi que  la parfaite bonté et humilité et pour tout dire la parfaite humanité…

Mais je voudrais ici reconnaitre un nouvel « avatar » (mot choisi exprès ici) du « Médiateur »   en la personne de cette femme admirable et sublime qu’est Taslima Nasreen.

Je ne veux certainement pas jeter la pierre à Ayaan Hirsi Ali ni à Theo Van Gogh, dont j’admire l’immense courage (que Theo Van Gogh a payé de sa vie) face au fanatisme qui en ce siècle menace l’humanité dans son existence même, mais il me semble que Taslima Nasreen se situe, comme d’ailleurs Salman Rushdie dont elle partage les origines et le génie littéraire, à un niveau supérieur.

Je n’en veux pour preuve que son livre « Lajjâ » , cause de tous ses ennuis, livre insupportable pour les islamistes comme pour les « autorités sociales » puisqu’elle y fait une place à l’autre « Autre » qui est pour elle, la musulmane par la naissance,  l’hindou qui est le héros du livre et dont elle raconte les persécutions qu’il subit de la part de la majorité musulmane du Bangladesh:

http://www.republique-des-lettres.fr/10280-taslima-nasreen.php

Cette femme d’un talent et d’une noblesse de caractère exceptionnels est soumise depuis des années à des menaces de mort, harcèlement et persécutions de la part de « groupes islamistes », et obligée de mener une vie errante en changeant régulièrement de pays et de continent. L’Inde, pays où pourtant les musulmans ne sont qu’une minorité (mais une minorité très agissante) est embarrassée par son cas : craignant que le fragile « équilibre communautaire » ne soit rompu, et que des émeutes inter-ethniques n’ensanglantent le pays, les divers pouvoirs politiques des états de l’Inde où elle se réfugie se croient obligés de « l’exfiltrer » , cédant aux exigences des islamistes. L’Europe ou les USA pourraient lui accorder un visa de réfugiée (mais là aussi , les agitateurs islamiques feraient tout ce qu’ils peuvent pour qu’elle soit expulsée), mais Taslima Nasreen considère que c’est l’Inde qui est son cadre naturel, et ne veut vivre que là bas.

J’extrais du site suivant :

http://www.chiennesdegarde.org/article.php3?id_article=32

la « réaction », en 1999, de la première ministre bengladaise de l’époque à un livre de Taslima:

« « « Taslima Nasreen vient de littéralement tuer son père et sa mère dans son dernier livre. Ce qu’elle écrit, ce n’est ni plus ni moins que de la pornographie », ajoute-t-elle en rappelant que l’écrivain a été « trois fois divorcée ». Et de conclure : « Son livre, je viens de le faire interdire ! » »

ces propos sont glaçants et terrifiants !

C’est ici que les lignes de Brunschvicg citées plus haut, et qui ont été écrites en 1921-1922, prennent tout leur sens !

Quel est il , ce Dragon, qui semble Tout Puissant et éternel, auquel Taslima Nasreen doit faire face comme en leur temps Socrate à ses « juges » ou Galilée (ou Giordano Bruno) à ses inquisiteurs ? il s’appelle « fanatisme » bien sûr, ou « intégrisme », ou « extrémisme » , catégories dont sont friands nos medias occidentaux politiquement corrects, qui rappellent (et ils ont raison) que Taslima Nasreen pourrait trouver un refuge où personne ne viendrait chercher à l’expulser dans un état , celui du Gujarath par exemple, gouverné par les « extrémistes hindouistes » qui par haine de l’Islam sont prêts à l’accueillir les bras ouverts.

Mais Taslima Nasreen refuse, et pour une bonne raison qu’ignorent nos medias occidentaux si « corrects » : c’est qu’elle est une nouvelle incarnation, un nouvel « avatar » du Médiateur dont parle Brunschvicg, et que comme l’avait vu Brunschvicg elle ne fait pas face seulement au dragon « fanatisme », mais à un monstre bien plus puissant sans lequel le premier n’aurait aucune force  : le conformisme social et religieux. Car sont ils des hommes de foi, ces gouvernants qui expulsent (oh pardon : « exfiltrent ») une femme qui est un écrivain de génie, et qui pourrait apporter au pays où elle résiderait un gain « culturel » considérable, juste pour éviter des émeutes sanglantes en cédant aux exigences des islamistes ? sont ils des hommes de foi ces « leaders » religieux qui déclarent que l’on peut parler de tout, y compris du port du voile, mais que ce qui est insupportable est la manière « indécente » dont Taslima (comme Theo Van gogh en son temps) a osé parler du « Prophète de l’Islam » ?

mais pourtant le Prophète Mahomet n’est qu’un homme comme les autres (faillible donc !), c’est là l’une des bases de l’Islam, qui entend se démarquer du mythe chrétien de l’incarnation divine ou des mythes hindouistes des « Avatars »… mais il semble que certains sont plus hommes que d’autres, puisque toute critique du Prophète est interdite sous peine de mort, et que ce « prophète » semble jouir de « droits spéciaux » (avoir treize épouses notamment, et d’innombrables concubines, alors que l’Islam interdit d’en avoir plus de quatre).

Ici encore c’est Brunschvicg qui nous prévient en opposant le prophétisme, propre aux mentalités primitives d’Orient, à la Raison qui est aussi la spiritualité véritable propre à l’Occident (l ‘Occident véritable là aussi, dont l’Occident actuel n’est qu’une pâle copie non conforme), raison attachée au scrupule de l’incessante vérification, contre le dogmatisme « oriental » qui assène : « C’est Moi la Vérité ! ». Voici la citation de Brunschvicg qui correspond si bien là encore au sujet traité :

« Léon Brunschvicg évoquait « la nécessité psychologique qui fait que le soit-disant prophète ne peut emprunter sa figuration de l’avenir qu’aux ombres du passé ». Il opposait « le positivisme de raison » au « positivisme d’Église fondé tout entier sur le sentiment de confiance qu’un homme éprouve (et fait partager) dans la valeur unique de sa pensée et où il puise l’illusion de pouvoir créer la méthode et dicter à l’avance les résultats des disciplines qui ne sont pas encore constituées à l’état de science. » « .

j’ai extrait ce passage du site suivant, qui se livre à une critique très « brunschvicgienne » de la psychanalyse freudienne comme possession spirituelle :

http://www.psychiatrie-und-ethik.de/infc/fr/la_psychanalyse_comme_possession.htm

« Possession » est ici à prendre dans tous les sens : Freud est un « possédé », tout comme ceux de Dostoievsky, et il entend « posséder », prendre le contrôle total, de l’âme de ceux qui le suivent, les « disciples »; il s’agit indéniablement d’un nouveau prophète religieux, comme le montre suffisamment son aveu selon lequel il désirerait instaurer une « dictature de la raison ». Mais si le mot « raison » doit signifier quelque chose, dans ses dimensions de vérification, de démonstration et de justification, il ne peut qu’être radicalement incompatible avec la notion de « dictature », et la folie complète qu’est la psychanalyse saute aux yeux. Le site proposé analyse de façon brillante la notion d’auto-analyse à laquelle Freud (et lui seul) se livre, mais il devrait être aussi rappelé que ceci est le propre de tout « Premier Prophète législateur » (comme Moïse, Mahomet, Manou, etc… et même Bouddha, osons le dire, même si cela doit scandaliser les groupies du Dalaï Lama et les charmantes femmes thailandaises au si joli sourire). En effet, celui qui énonce la Loi pour la première fois s’excepte lui même de la Loi (et c’est la raison pour laquelle Mahomet, qui aimait tant les femmes, s’autorise à  en avoir plus que quatre). Et d’ailleurs, Platon ne dit il pas , au début du livre « Les lois », que c’est un dieu, et non un homme, qui vient donner la loi à la cité ?

A ce prophétisme oriental s’oppose de part en part la spiritualité d’Occident, celle d’un Descartes, ou d’un Spinoza qui ne trouve la Lumière (intérieure ) qu’au moyen des « démonstrations qui sont les yeux de l’âme ».

 Et celle bien sûr d’un Brunschvicg, premier et dernier Sage d’Occident (Brunschvicg qui est de naissance juive tout comme Spinoza, Einstein ou Freud, mais pour lequel tout particularisme doit être surmonté dans l’universalisme de la Raison), dont le site cité plus haut rappelle de façon opportune que:

« Dans l’introduction à son livre « Les Progrès de la Conscience dans la philosophie occidentale », Léon Brunschvicg définit ce qu’est pour la philosophie l’opposition entre l’homme venant d’occident et celui venant d’orient : « Un homme qui, n’ayant d’autre intérêt que le vrai, s’appuie à l’intellectualité croissante d’un savoir scientifique pour s’efforcer de satisfaire l’exigence d’un jugement droit et sincère ; l’autre qui s’adresse à l’imagination et à l’opinion, se donnant toute licence pour multiplier les fictions poétiques, les analogies symboliques et leur conférer l’apparence grave de mythes religieux » »

Brunschvicg qui en 1929, dans les « appels de l’Orient »,  caractérisait ainsi le véritable « homme occidental » qui est apparemment « porté disparu » depuis la mort du Sage le 18 janvier 1944 (sans qu’hélas il ait pu voir la défaite de la barbarie et la chute de l’aigle nazi):

«L’homme occidental, l’homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l’Occident n’a jamais produit, d’ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l’humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l’Orient, avec la diversité presqu’infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l’Orient sur l’anarchie et l’hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes.Et, en même temps, l’Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d’un éclair. Lorsqu’Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s’explique pas sans un souffle venu de l’Inde. Les « valeurs méditérranéennes », celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d’origine et de caractère asiatique……quant à l’avenir de l’Occident, il n’est pas ici en cause : une influence préméditée n’a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l’Européen sur l’Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l’empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la Raison occidentale, qui est la Raison tout court, de faire surgir, ainsi que l’ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en  chassant les imaginations matérialistes  qui sont ce que l’Occident a toujours reçu de l’Orient» 

 

 

 

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Cleo de 5 à 7

dans la soirée d’hier, après la visite à mon père à l’hopital, j’ai pu revoir ce film admirable qu’est « Cleo de 5 à 7 » d’Agnès Varda, qui date si je ne me trompe de 1961.
Coïncidence ? « synchronicité » ? signe ? il est de fait que ce film s’inscrit parfaitement dans la suite des questions débattues l’après midi lors de ma visite : mort, destin, etc…. si j’étais superstitieux j’y verrais un « signe » de mon « ange »…ou de mon daimôn, pour rester plus « philosophique ».
Agnès Varda a choisi quant à elle de donner à son héroïne une nature « superstitieuse », et d’accorder à ce que l’on nomme généralement « superstition » une dimension de vérité, puisque le film commence chez la tireuse de cartes qui voit d’emblée ce dont nous ne serons sûrs qu’à la fin : Cléo (ou florence, puisque dit son vrai prénom au cours du film) est bien atteninte d’un cancer , mortel (en tout cas en 1961).
La fin justement est abslument admirable et bouleversante, parce que la « vérité » (factuelle, de sa maladie) révélée à Cleo par son médecin qui ne prend pas de gants, au lieu de l’abattre, la « relève » dans un courage et une énergie nouvelle; alors que durant tout le film elle pleure et est dominée par l’angoisse et la peur, elle prend conscience dans le regard de l’autre (du jeune soldat qu’elle a rencontré quelques minutes avant, rencontre qui avait été prévue par la tireuse de cartes du début) du fait qu’elle n’a plus peur de rien, puisqu’elle « sait » maintenant. Et l’on peut imaginer que ces deux là vont s’aimer, et se battre ensemble contre la mort inéluctable.
Mais il n’y pas selon moi de « signes » : la mort est une certitude, et quelle différence entre mourir dans un mois ou dans cinquante ans ?
Je repensai à ces lignes du livre de M A Choquet sur la conversion spirituelle, qui m’ont tellement « fait signe » quand je les ai lues il y a quelques années, et m’ont engagé sur le chemin que je suis toujours, loin, très loin des sagesses orientales comme des religions d’occident:
« Du physiologique au physique, de l’instinct à l’intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l’émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d’une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers,l’intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées.
Dans ce nouvel univers l’esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et,sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l’infini.
Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n’en font plus qu’un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l’unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l’activité fonctionnelle la plus élémentaire. »
Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l’immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes« 
aujourd’hui je vois les choses ainsi : seule cette « conscience convertie » (dont l’accès est l’objet de ce blog) permet d’échapper à la mort en un salut « intellectuel » qui a beaucoup à voir avec Spinoza comme d’ailleurs avec certains tendances du Vedanta, Shankara notamment…
je note en tout cas une évolution chez moi : le corps et ses désirs n’ont pas disparu, dissous par l’esprit, mais ils se font nettement moins « envahissants » depuis quelques temps… dois je y voir un résultat du « travail » entrepris, ou bien une évolution inéluctable dûe à l’âge ?
bah.. soyons positifs, et choisissons la première solution…

début du journal

Je commence aujourd’hui à tenir ce journal au jour le jour…ou à la semaine. Il me semble que c’est la forme qui convient le mieux à ce blog qui se veut « pour tous et pour personne », mais qui n’y arrivera certainement pas… alors disons que je me raconte ma vie à moi même !

en tout cas je sais très bien pourquoi j’ai choisi d’ouvrir ce nouveau blog, et de ne pas continuer l’ancien, ou les anciens : il y avait peu de lecteurs, mais c’était encore trop (2000 par mois il me semble). J’étais tenté d’écrire pour la galerie, je n’étais plus libre, et donc plus sincère.

Or si ce journal manque de sincérité, il n’a plus de raison d’être, sauf le temps passé à le remplir !

je me parle donc ici à moi même… à moi même puisqu’à personne en particulier, et certainement pas à Dieu…

ce qui m’évoque l’après midi d’hier…visite à mon père à l’hopital…à un moment de la conversation, celui ci relate la visite d’une « religieuse » venue lui proposer de venir à la messe le dimanche, et son refus « énergique » au motif qu’il se déclare « mécréant ».

N. intervient alors dans la conversation et lui demande : « vous êtes mécréant ? alors pour vous, une fois morts, nous devenons la proie des vers de terre ? »

et mon père : « parfaitement ! »

C’est alors que je me suis cru obligé d’apporter à mon tour mon grain de sel, et de faire remarquer que la question de Dieu n’était pas forcément liée à celle du surnaturel ou d’un destin « post mortem », même si les métaphysiques populaires (pour ne pas dire la « métaphysique des imbéciles » comme Adorno à propos de l’occultisme et de l’astrologie) faisaient souvent la confusion….je poursuivis même en affirmant tout à trac que la conception philosophique purement spirituelle de Dieu, du Dieu des philosophes donc, était obstruée par ces imaginations matérialistes d’une âme continuant sa course  « après la mort »…

il est bizarre de réaliser combien ce genre de considérations est généralement incompris… il y a un article de Simeon, intitulé « La naissance et la mort »,  dans la « Revue de métaphysique et de morale » année 27 (1920) on peut y accéder sur le site http://gallica.bnf.fr, l’article proprement dit s’étend de la page 495 à 515 et l’url est :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11187k

cet article, qui est d’ailleurs cité par Vuillemin dans son ouvrage de 1948 sur la signification de la mort, fait bien le point sur la conception réellement spiritualiste, c’est à dire idéaliste, du phénomène de la mort. Spiritualisme réel qui exclut absolument toute notion, ou plutôt pseudo-notion, d’une continuation « après la mort » sous la forme d’une perpétuité indéfinie, comme d’ailleurs toute notion (pseudo-notion là encore d’anéantissement..

 il faudra que j’y revienne